
République arabe syrienne
الجمهوريّة العربيّة السّوريّة
Al Jumhuriyah al Arabiyah as Suriyah
______________________________________________________________________

Mail d'étape reçu le lundi 15 septembre 2008
SYRIE - 10 au 15 Août 2008
Salam Aleikum,
Passage de la frontière syrienne - 10 Août 2008
Ce Dimanche, nous reprenons le délicieux chemin zigzaguant entre les maisons dorées de Mardin avant de monter un minibus pour la frontière. Après une petite heure de route animée par nos échanges avec un Syriaque canadien de retour vers ses racines, nous arrivons à la douane. Les Turcs nous quittent sans bavardages inutiles, tandis que les militaires Syriens nous interrogent en long et en large sur notre future destination : adresse, parcours, contacts, etc…, mais on s'en sort assez bien en prétextant la réservation d'hôtels dont on a oublié les noms. Un coup de tampon sur notre énième visa et nous voilà acceptés dans le pays des meilleures pâtisseries orientales !
Alep, détente et visites en famille - 10 au 12 Août 2008
Depuis la frontière, nous rejoignons la ville de Qamischli. Dans cette cité plantée à l’orée du désert, Arabes, Syriaques, Arméniens et Kurdes cohabitent en bonne intelligence. Nous déambulons avec nos sacs à dos, dans une chaleur étouffante, à travers le bazar dominical. Les gens sont surpris de voir des étrangers dans cette ville très peu visitée et nous ne nous sentons pas très à l’aise. Il y a bien quelques Chrétiennes non voilées et habillées de manière plutôt serrée mais personne ne semble faire attention à elles tandis que Maud, malgré ses habits larges, attire tous les regards. Notre compagnon canadien, Eli, nous explique que les filles d’ici sont très respectées, quelque que soient leurs croyances et leurs vêtements. C’est assez étonnant de voir les différentes communautés se partager le même trottoir. Les hommes arabes, fièrement drapés dans leurs djellabas, la tête serrée dans leur cheikh à carreaux, leurs femmes emmitouflées de voiles noirs sur les talons, côtoient les Chrétiens, tatoués d’une croix sur leurs biceps dénudés, leurs femmes en jean et cheveux décolorés à leurs côtés. Eli arrête un Chrétien pour lui demander un endroit où déjeuner. À peine engage-t-il la discussion que ce dernier, ravi de rencontrer des occidentaux, donc chrétiens (raccourci classique), nous invite à manger chez lui. Sa femme est Arménienne. Beaucoup d’Arménien vivent aus Nord de la Syrie, la plupart descendant des familles déportées par les Ottomans pendant la première guerre mondiale et nous remarquons régulièrement des enseignes en langue arménienne, désignant un orphelinat ou un lieu culte. Après un copieux repas, la famille regarde avec émotion nos photos d
’Arménie où ils ne sont jamais allés. En début d’après-midi, nous nous séparons d’Eli et de la famille pour aller prendre le bus pour Alep, où nous sommes attendus par des amis. Le trajet de six heures parcourt une plaine interminable et désertique, où apparaissent de temps à autre des villages en pisé dont certaines maisons sont construites en forme de cône. Il s’agit d’habitations anciennes et rares que l’on ne peut observer que dans cette région du monde.
L'Euphrate au couchant
Au coucher du soleil, nous enjambons l’Euphrate qui abreuve la terre desséchée, dispensant un peu de vie alentour. La plaine laisse place à des collines cultivées et les villages se densifient. Arrivés à Alep, nos amis nous emmènent chez eux où de succulentes spécialités syriennes sont étalées sur la table : maloubé, riz à la viande hachée et aux aubergines, retourné dans un plat façon charlotte, humus, purée de haricot épicée et tant d’autres délicieux mezze dont nous nous régalons.
Le lendemain, on part en famille visiter Alep. Une citadelle imposante trône au-dessus de la médina. On passe plusieurs heures à arpenter les mosquées et les diverses salles, à ciel ouvert ou sous terre, prisons ou tunnels qui, selon la légende, débouchent quelque part dans le bazar. Nous parcourrons le souk fortifié, recouvert par des arcades en pierre,
typiques des marchés de la route de la soie. Les boutiques pittoresques débordent de magnifiques tissus, de foulards, d’épices ainsi que des pistaches et du savon qui font la réputation d'Alep. Une coupure d’électricité de plusieurs heures oblige les marchands à éclairer leurs échoppes de bois à la bougie. Le bazar prend alors un air intemporel que nous savourons en nous perdant dans les dédales compliqués où se confondent odeurs de miel, de métal fraîchement soudé, de savon au laurier et de sang d’animaux tout juste égorgés. Nous visitons la belle mosquée des Omeyyades puis rentrons nous reposer. Le soir, en retournant dans la vieille ville pour trouver un lieu de concert de musique arabe, si raffinée à Alep, nous découvrons des quartiers enchanteurs - labyrinthe de ruelles étroites, maisons bourgeoises aux patios fleuris, balcons en bois ciselé... Les rues palpitent au rythme des voix des vendeurs de graines grillées, de jus de fruits. Les gens profitent de la fraîcheur de la soirée pour déguster une glace ou aller au cinéma. Dans le quartier chrétien, les magasins de mode branchés côtoient les fast-food à l’américaine où la jeunesse syrienne se détend. Le contraste entre les quartiers traditionnels et modernes, entre ceux d’une communauté ou d’une autre, ne cesse de nous étonner. Comme il n’y a pas de concert prévu ce soir-là, nous optons pour un narguilé et de délicieuses pâtisseries dans un café au pied de la citadelle. Confortablement installés chez nos amis, nous récupérons de la fatigue de nos longues journées de bus et somnolons une bonne partie de la journée, attendant des températures plus clémentes. Aux repas, falafels, beignets de viandes et courgettes farcies font le bonheur de nos papilles. Nous visitons le monastère de Saint Simon, un complexe religieux étonnamment bien conservé, magnifiquement perché sur une colline rocailleuse de l'arrière-pays d'Alep. Ses arcades et frises de pierre ocre resplendissent sous les rayons de soleil de la fin d'après-midi.

Le monastère de St Simon
Entre forteresse et bord de mer - 13 et 14 Août 2008
Nous quittons Alep en direction du littoral, faisant étape dans la région montagneuse de Slenfe. Non loin de là, le gigantesque château de Saladin, chef kurde ayant défendu le Moyen-Orient islamique face aux Croisés, domine les collines qui se prolongent jusqu'à la mer. Le site est impressionnant et nous nous promenons longuement dans ses tours, ses chambres et ses caves. Le lieu est investi par les touristes des pays du Golf dont les femmes ne montrent que les yeux, perdus au milieu d’un immense voile noir.
Nous descendons en minibus vers Lattakia, grand port de Syrie, où nous demandons aux gens de nous indiquer une belle plage pour camper. Sur le conseil de quelques-uns, nous rejoignons la belle crique d’Al-Montouyour. Malheureusement, nous n’aurons pas la joie de nous baigner dans ses eaux transparentes : la plage est dite islamique et aucune femme ne s'y promène sans se couvrir entièrement le corps et la tête. Pour les touristes koweïtiennes, l'endroit est un lieu de vacance de prédilection, elles peuvent se baigner en jogging, le visage découvert ! Nous n'osons pas déranger cette harmonie vestimentaire avec nos bikinis et maillot moulants et posons donc la tente en retrait, un peu déçus. Au matin,
nous attendons plusieurs heures un minibus pour repartir, mais aucun chauffeur ne daigne nous prendre. Un épicier compatissant nous propose de monter dans sa fourgonnette. Nous sympathisons immédiatement, son visage est jovial avec ses immenses yeux bleus rieurs. Comme la majorité des habitants du Nord Ouest de la Syrie, Muhammad parle turc. Il nous invite chez lui pour un narguilé et une pastèque et nous échangeons sur nos modes de vie. Sa femme et ses enfants nous rejoignent et nous font visiter la maison, dont le toit permet d'admirer la vue magnifique sur les criques et les montagnes. Nous déclinons leur proposition de dormir chez eux car nous sommes encore loin de Damas, ultime étape de notre voyage. Nous repartons pour Homs, plus au Sud mais plutôt que de continuer vers la capitale, nous bifurquons dans le désert... pour notre dernière nuit syrienne.
Palmyre, la reine du désert - 15 Août 2008
La route de Palmyre s’aligne, droite, découpant à perte de vue les dunes de sable où surgissent parfois chars et radars militaires. À ne voir aucun signe de vie sur des kilomètres, nous nous demandons à quoi ressemble cette cité que l'on nomme l'épouse du désert et qui figure sur toutes les brochures de voyage. Nous atteignons de nuit ses faubourgs sombres et ventés, grignotés par le sable. Lorsqu'on tourne par hasard dans une rue éclairée, l’allure mystérieuse de l’oasis s’évapore immédiatement car d’innombrables rabatteurs nous sautent dessus, nous proposant qui des chambres, qui son restaurant, qui sa voiture pour un tour guidé, nous planifiant notre programme de visite pour les prochains jours. Désenchantés, nous filons dans un hôtel et nous endormons dépités après un repas cher et de qualité douteuse dans une taverne bondée.

Les majestueuses ruines de Palmyre
Au réveil, nous n’avons aucun mal à surmonter l’épreuve du piège à touristes car le paysage est sublime. Nous nous connectons rapidement sur Internet pour vérifier nos horaires d’avion. C’est la surprise. Alors que nous pensions avoir encore une journée devant nous, nous décollons cette nuit à 3h du matin de Damas et pour le moment nous sommes au milieu du désert. Décidément, on collectionne les inattentions depuis le début du voyage. On s’accorde quelques heures avant de prendre un bus. Nous semons les enfants quémandeurs de bonbons et les chauffeurs de taxis pour enfoncer nos pieds dans le sable des dunes où les vestiges de temples gréco-romains s’étendent à l’infini. Palmyre fut une immense cité de la route de la soie. La bible attribue sa construction au roi Salomon. Cette cité caravanière hors du commun fut d’abord l’oasis des nomades, devint romaine, arabe, ottomane puis syrienne. Comme Tamerlan nous précède dans tous nos voyages, il est aussi passé par ici, ne laissant derrière lui que de belles ruines… Sous un soleil de plomb, nous marchons d’un bout à l’autre du vaste site antique, grimpons sur les collines ensablées et sur les tombeaux romains. Un vent salvateur balaye l’étendue aride. Nous nous réfugions à l’ombre des colonnes de pierres pour reprendre notre souffle et avaler notre deuxième litre d’eau puis rejoignons les faubourgs de la ville pour grimper dans un bus en direction de la capitale. Nous y débarquons trois heures plus tard et tentons vainement de nous décharger de nos sacs en les confiant à un hôtel. Personne ne veut s’embarrasser de nos bagages car nous ne prenons pas de chambres. Désabusés et épuisés par la visite de la ville avec notre dizaine de kilos sur le dos, nous faisons une pause remarquée dans le glacier le plus fréquenté de Damas. Les gens se pressent autour des tables métalliques de ce gigantesque entrepôt où les garçons distribuent des coupes remplies de glace à la pistache, spécialité de Damas. La texture est étrange, un peu élastique, mais c’est délicieux. Nous allons nous reposer dans la cour de la deuxième plus vieille mosquée du monde après celle de Jérusalem,
la grande mosquée des Omeyyades. Les mosaïques dorées qui décorent les murs sont une merveille et nous assistons à la préparation de la prière télévisée. C’est vendredi, jour de repos. Les familles sortent le pique-nique et les enfants s’amusent à courir au milieu de la foule assise sur le carrelage. L’ambiance est à la fête. Nous quittons la mosquée après la prière et déambulons dans le bazar, peu animé en ce jour de prière. Au détour d’une ruelle, nous tombons sur des Iraniens ravis de parler en farsi avec nous. Ils nous emmènent jusqu’au quartier chrétien, qui attend dimanche pour prier. Nous y retrouvons les cafés branchés, les restaurants chics et les magasins de vêtements. Comme il nous faut encore attendre le milieu de la nuit, nous optons pour un restaurant situé dans une maison traditionnelle syriaque et ses petits plats raffinés. À la fermeture, nous rejoignons un parc où les jeunes hommes fument le narguilé. Nous achetons une pastèque et des pâtisseries en souvenir et finissons par héler un taxi à une heure du matin. L’hôtesse pèse la pastèque - douze kilos - et rigole de notre initiative. Nous dépensons nos dernières lires en loukoum puis décollons vers Paris que nous atteignons un samedi matin froid et pluvieux. Ça nous change du désert…
Bonne rentrée à tous et à bientôt pour de prochaines aventures !
Cyril et Maud
_______________________________________________________________________
En haut Photos