Carnet de voyage de Maud et Cyril

   


Iran
جمهوری اسلامی اير
ا
Jomhūrī-ye Eslāmī-ye Īrān

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Cheminée volcanique - Takht-e-Soleiman


 Mail d'étape reçu le jeudi 28 Août 2008

 

IRAN - 31 Juillet au 6 Août 2008                                   

Salam !


Passage frontière iranienne - 31 Juillet 2008

Les montagnes des environs de Meghri, dernière ville arménienne avant la frontière, semblent déchirer le ciel. Leurs pics déchiquetés agrippent les nuages rouges orangées de cette fin de journée. Nous longeons une interminable rangée de barbelés et le fleuve Araxe, ce long fleuve qui sépare naturellement la Turquie et l'Arménie, l'Arménie et l'Iran, puis l'Iran et l'Azerbaïdjan avant de se jeter dans la mer Caspienne. Nous passons la douane arménienne seuls. Jabbar, le camionneur qui nous a pris en stop fait contrôler sa marchandise de son côté. Nous sommes plutôt détendus car c'est la deuxième fois que nous rentrons en Iran par la voie terrestre et la dernière fois, nous venions d’Afghanistan. Nous enjambons l'Araxe et Maud coiffe un débardeur à défaut de foulard… obligatoire… Les lois islamiques qui régissent l’Iran ne se sont malheureusement pas adoucies en notre absence. Les militaires survolent notre passeport, reconnaissent le visa en règle et tamponnent.

L'Araxe, fleuve frontière Arménie-Iran, et ses montagnes rouges

Nous sommes de retour en Iran ; notre route du Caucase rejoint ici la route d'Asie Centrale que nous avions parcourue il y a deux ans. On retrouve Jabbar, qui laisse son camion à la frontière pour une prochaine tournée, et partons ensemble en taxi pour rejoindre sa maison, à Jolfa. À peine arrivés, sa femme, Khadija, emmène Maud à une fête de mariage exclusivement féminine. Au milieu des femmes en tenue de soirée, au maquillage soigné et aux sourcils épilés, Maud ne se sent pas très à l'aise après une nuit à la caserne et une journée de camion. Quand elle rentre à la maison, vers 2 h du matin, nous nous écroulons sur les matelas que Jabbar a étalés pour nous sur les tapis du salon.


L'Azerbaïdjan iranien, hospitalité et temple zoroastrien - 1 et 2 Août 2008
Cyril avec Jabbar et Khadija au petit-déjeuner

La maison est constituée d'une cour à ciel ouvert autour de laquelle sont disposées les chambres, la cuisine et les sanitaires. On retrouve le style de vie iranien, assis sur les immenses tapis moelleux en buvant du thé noir sucré. On mange assis en tailleur, les plats étant présentés sur une nappe en plastique disposée à même le sol. Il faut faire attention à ne pas présenter la plante de ses pieds à ses voisins et à ne jamais porter la nourriture à sa bouche de la main gauche. À la fin du repas, les morceaux de pain non consommés sont laissés volontairement sur la nappe qu'on plie et range ainsi. La nappe sera changée lorsque l’invité quittera la maison. On ne jette jamais le pain qu’il a porté à sa bouche. Chez Jabbar comme dans une grande partie du Nord de l'Iran, on parle la langue azérie, très proche du turc. Les Azéris forment au moins un quart de la population iranienne et sont très intégrés dans la vie politique et culturelle du pays. L’ayatollah Khomeinei était d’ailleurs d’origine azéri. Nous passons une journée très agréable avec nos hôtes qui nous emmènent au bazar afin que Maud achète un voile et une tunique,puis nous font visiter le monastère de Saint-Stéphane, dont les premières pierres auraient été posées au 1er siècle de notre ère ! Nous sommes dans l'une des première région christianisée du monde, où se sont réfugiés les Chrétiens fuyant les persécutions romaines. Le monastère, appartenant aujourd'hui au culte arménien, est construit dans le roc au bout d'une route longeant l'Araxe et entourée de falaises rouges. C'est magnifique.

Après un délicieux repas de riz pilaf et de brochettes d'agneau, nous quittons Jabbar et Khadija pour rejoindre Tabriz, la capitale de la province de l'Azerbaïdjan Oriental. La route est superbe. Elle zigzague au pied d’une multitude de petites collines teintées de rouge, d'ocre et de gris. Arrivés à la métropole, nous trouvons un hôtel plutôt médiocre. Nous allons manger dans un kebab dans un boui-boui où un couple d'Iraniens nous accoste. Curieux de nous trouver ici, ils nous invitent à boire un thé dans le joli parc de Shah Goli. Un palais d'été datant de l'époque qadjare trône au milieu d’un immense bassin rempli de poissons rouges. L’endroit est investi par des milliers de promeneurs et de campeurs. Les Iraniens adorent camper. L’essence ne coûtant que quelques centimes d’euro le litre, ils se déplacent beaucoup pour rendre visite à leurs familles et s’arrêtent camper n’importe où, dans un parc, sur le bord de la route, sur les ronds-points… Il suffit d’un point d’eau et d’un coin d’herbe et ils étendent leurs tapis puis font ronfler le samovar.

Le lendemain, nous allons à Zanjan, en direction de Téhéran, et cherchons un moyen de rejoindre un temple zoroastrien renommé. Alors que nous tentons de négocier la course avec un chauffeur de taxi, Harman et Fatimeh, un couple de jeunes professeurs, nous proposent de nous y emmener pour le plaisir de visiter leur pays ensemble ! Nous voici donc partis tous les quatre, dans une vieille BMW dans un état que refuserait tout contrôle technique - fait assez rare car en Iran, les véhicules sont plutôt bien entretenus. Notre journée prend l'allure d'un road trip sur la Route 66 : nous roulons au milieu d’un paysage minéral tantôt rouge tantôt blanc, sur une route déserte, croisant de temps à autre un village en pisé. Comme on s'arrête souvent pour redémarrer la voiture au tournevis, on arrive au temple de Takht-e-Soleiman après 3h de route et à la tombée de la nuit. On a juste le temps de voir les conduites de gaz volcanique servant à alimenter le feu du temple sacré, que les Zoroastriens ont maintenu en activité pendant des siècles. Au milieu du site se trouve un lac de cratère dont l'eau a été canalisée pour les besoins des habitants. Nous quittons les lieux dans la nuit pour rejoindre Takab, une bourgade où nos compagnons de voyage dénichent un moyen d'hébergement bien pratique : une école ! En Iran, les professeurs peuvent en effet loger dans les établissements scolaires de n'importe quelle ville. Ils ont à disposition des couvertures, les sanitaires et de quoi cuisiner.

Village en pisé sur la route de Takht-e-Soleiman


Promenade au bord du lac de cratère de Takht-e-Soleiman


Dans la poussière du Kurdistan iranien - du 3 au 6 Août 2008

Nous laissons nos amis à Takab pour rejoindre Sanandaj, la capitale de la province du Kurdistan. La température grimpe au fur et à mesure que l’on descend vers le Sud. Le ciel est chargé de poussière et le soleil n’est plus qu’un disque jaune pâle, à peine visible. À Sanandaj, nous découvrons la culture kurde, d'abord dans un musée dédié aux traditions vestimentaires et sociales, puis dans la rue, où de jeunes Kurdes nous accompagnent pour un bout de chemin. Ils nous expliquent que les Kurdes, peuple le plus ancien installé dans la région, subissent des discriminations de la part du pouvoir central. Ils n’ont, par exemple, pas accès aux hautes responsabilités politiques.

Le lendemain, désireux de nous enfoncer un peu plus dans la région, nous allons à Marivan, à une vingtaine de kilomètres de l'Irak, étape quasi-obligatoire pour rejoindre la vallée d'Howraman, pour laquelle les transports sont si rares. Nous attendons plusieurs heures dans un bazar un peu glauque, jusqu’à ce qu’un vieux bus coloré nous klaxonne pour nous emmener. Nous sommes seulement trois passagers, mais bientôt des quantités impressionnantes de bidons vides viennent remplir l'espace vacant du véhicule. Nous apprendrons plus tard qu'ils servent de conteneurs pour l’essence de contrebande qui circule entre Kurdes iraniens et irakiens. Le bus franchit un col très raide qui débouche sur une vallée d'une beauté époustouflante : les villages sont accrochés sur des montagnes si abruptes que les maisons sont construites les unes sur les autres. Nous déclinons l'invitation du chauffeur à dormir chez lui pour parcourir à pied les derniers kilomètres qui nous sépare du village d’Howraman-at-Takht. À peine avons-nous dépassé les premières maisons, que des militaires nous interceptent. Ils nous gardent deux heures pour un contrôle de passeport interminable, avant de nous autoriser vingt minutes de promenade dans le village. On se dit que la confiance ne doit pas régner dans la région, et lorsque nous parcourrons les magnifiques ruelles en pierre, personne ne nous salue. On a presque l'impression de gêner. Avant de rejoindre le poste, on achète de l'eau chez un commerçant qui lorsque nous nous enfonçons dans son magasin prend tout d'un coup un air sympathique. On lui explique que notre présence est surveillée par les militaires, qui ont d'ailleurs gardé nos passeports. Ils les appellent et s’arrangent avec eux. Hooshyar, un des hommes présents, doit nous faire découvrir le village puis nous raccompagner chez les militaires avant de nous mettre dans un taxi pour quitter la région. Cela dit, nous sympathisons rapidement avec le jeune homme qui nous promène au milieu des maisons de pierres soigneusement taillées. Les terrasses des maisons servent de toits à celles de dessous. La mosquée, imposante, est plantée au milieu du village, toute aussi incroyablement bâtie sur le flanc de la montagne très raide. La vue de l'ensemble depuis un petit temple zoroastrien situé en contrebas est saisissante.

Village de Howraman-e-Takht

Pendant que nous nous amusons des iguanes rampant sur la roche brûlante, Hooshyar nous instruit un peu plus sur les Kurdes. Ici, ils ont toujours beaucoup souffert, coincés entre les empires Perses et Ottomans de jadis et entre les dictatures guerrières de Saddam et des Ayatollah dans les années 1980. Nombre d'entre eux souhaitent voir aboutir la naissance d'un état kurde et le contexte actuel peut sans doute y contribuer favorablement. En effet, le Kurdistan irakien profite de son statut de province autonome dans un Irak déchiré pour développer l'enseignement, l'économie et les relations internationales. Il accueillera d’ailleurs bientôt un consulat français. Hooshyar nous propose de passer la frontière irakienne en clandestins, comme de nombreux locaux qui vont voir leur famille ou vendre du pétrole illégalement, mais nous déclinons car nous ne pourrions pas continuer bien loin. Nous nous mettons tout de même d'accord pour prendre une route frontalière avec son frère, conducteur du taxi, et une fois les passeports récupérés, nous voilà partis sur une piste en lacet qui grimpe dans la montagne aride. D'en haut, on peut voir les nombreux postes de contrôles et les toutes aussi nombreuses routes clandestines qui les évitent ! Après un col, nous avons l'Irak sous nos yeux. Nous prenons un thé dans une cahute, d'où l’on distingue un premier village : c'est Halabja, qui a été gazé par Saddam en 1988 - 5000 morts. Nous continuons sur la crête qui sépare les deux pays puis la route descend et s'enfonce dans des gorges de roches rouges. Sublime ! On sort de la voiture pour faire quelques photos mais le vent est brûlant. On se croirait dans le four de la cuisine à la place de la tarte aux pommes. On se réfugie dans la voiture et nous rejoignons Paveh, puis Kermânchâh alors que la soirée bien entamée. Nous saluons chaleureusement Hooshyar et son frère et les encourageons car ils ont quatre heures de trajet pour rentrer chez eux !

On se prépare à quitter l'Iran. On souhaite rejoindre la Syrie, mais la traversée de l'Irak étant impossible, il nous faut remonter en Turquie. Comme nous estimons la durée de ce détour à quatre jours de bus, nous essayons de localiser des étapes agréables : Van, dans l'Est anatolien, Mardin, puis Qamishli, en Mésopotamie. À Kermanshah, nous dégustons un dernier qalyoun, narguilé iranien, entre deux visites instructives : les bas reliefs de Taq-e-Bostam, frises imposantes taillées dans la roche au début du millénaire, et les fresques sanglantes d'un Hosseinieh, lieu de culte du martyr Hossein, troisième imam des Chiites. En début de soirée, nous grimpons dans un bus de nuit pour Orumyieh, dans le Nord-Ouest du pays, afin de nous rapprocher de la frontière turque. Il nous est quasiment impossible de dormir tant la route est sinueuse. Les montagnes ne nous laissent décidément aucun répit. À l’arrivée, nous somnolons plusieurs heures dans une tchaïkhana avant de monter dans un bus pour Van. Étrangement, nous partons à l'horaire prévu, alors que nous sommes moins de dix de passagers…



On pense à vous

Cyril et Maud

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