ArménieՀայաստանի Հանրապետություն
(Hayastani Hanrapetut'yun)
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Cavalier devant les gorges de Tatev
Mail d'étape reçu le dimanche 10 Août 2008
ARMENIE - 24 au 31 Juillet 2008
Barev !
Voici des nouvelles d’Arménie, la plus vieille nation chrétienne. Longtemps enserrée entre les gigantesques empires russes, turcs et perses, elle a ressuscité comme la Géorgie lors de la déconfiture de l’URSS. Nous avons donc été voir comment se portent ses nombreux monastères de basalte…
Passage de la frontière arménienne - 24 Juillet 2008
Après une soirée tardive en compagnie de Lasha et de ses amis géorgiens, le réveil est un peu rude. Nous prenons un petit-déjeuner avec café turc avant de rejoindre le terminal de Tbilissi où nous embarquons dans un minibus en direction de l’Arménie. Le passage de la frontière est très rapide. Nous achetons les visas sur place. Pour un pays qui a tout intérêt à recevoir des touristes en raison de son isolement, on trouve l’entrée un peu chère (50 dollars chacun).
Dans la quiétude des monastères - 24 au 28 Juillet 2008
À peine deux heures plus tard, le minibus nous dépose à la bifurcation pour le village d’Haghpat, célèbre pour son complexe monastique. La chaleur écrase un paysage de roches noires et d'usines abandonnées. Le village est perché sur un plateau qui surplombe un canyon creusé dans de gigantesques coulées de lave. Les mauvaises herbes envahissent les murs des bâtiments, donnant l’impression d’un site à l’abandon, tandis que l'intérieur est très sobre. Le charme de l’Arménie religieuse que nous découvrons peu à peu est résumé en ce lieu : aridité, isolement, retenue. On ne retrouve pas le foisonnement de bougies et d'icônes que l’on observait dans les églises géorgiennes. De vieilles tombes recouvertes de mousses sont éparpillées dans le jardin. Nous profitons de l’herbe moelleuse pour nous reposer puis rejoignons la petite ville industrielle d'Alaverdi, à une dizaine de kilomètres de là.

Monastère d'Odzun
Après quelques emplettes en prévisions du camping du soir, nous retrouvons la pratique très soviétique de la voiture privée transformée en taxi collectif. Le chauffeur nous propose un pique-nique au monastère d'Odzun. Il est magnifiquement perché au-dessus d’un large canyon. Les alentours sont tout aussi sauvages qu'à Haghpat et nous avalons un sandwich entre deux anciennes pierres tombales avant de prendre la route. La voiture roule au gaz et quand il faut faire le plein, les passagers doivent descendre et s'écarter de la station-service. On s'exécute d'autant plus rapidement qu'avec la chaleur, on n’a pas vraiment confiance en cette grosse bonbonne calée au fond du coffre. Le gaz est bien moins cher que l’essence alors la majorité des conducteurs prennent le risque. Les bus publics roulent au gaz aussi d’ailleurs. Le taxi nous dépose finalement à une centaine de kilomètres au sud, au village de Sarmossavank où nous avons prévu de planter la tente.
La majesté du paysage entourant l'église de Sarmossavank nous décide à dormir sur place malgré l'absence d'eau. Nous prévenons les habitants de notre intention de camper et ils nous offrent de l’eau et des fruits, abondants dans les jardins. Nous nous débarrassons difficilement des enfants du village, bien curieux de notre matériel. Au soleil couchant, nous retrouvons un peu de solitude et admirons l'église accrochée au-dessus du canyon de Kassagh avec le volcan Ararat enneigé, son petit frère Aragadtz, le point culminant du pays à 4090m, et la ville d'Erevan illuminée pour toile de fond. Magnifique campement !

Dans le canyon basaltique de Kassagh, au milieu des serpents !
Nous arrivons en pleine chaleur à Ohanavan. Alors que nous parcourons les rues à la recherche de la fameuse église rouge et noire, nous sommes invités pour un café et une corbeille de fruit. Rafraîchissant. Sur le porche de la vieille église, une famille s'apprête à sacrifier un mouton. Ils introduisent du sel dans la bouche de l’animal puis lui entaille l'oreille et dessinent une croix de sang sur le front de chacune des personnes présentes. Le mouton sera ensuite égorgé… à la maison… puis dégusté bouilli. Les sacrifices de ce genre sont pratiqués pour remercier Dieu d'un événement heureux comme une guérison par exemple. Nous quittons la région en auto-stop dans une belle Mercedes. Le culte de la voiture de luxe fonctionne très bien ici. Nous voyons autant de gros 4x4 qu'a Paris, dans un pays rempli de chômeurs et où le salaire moyen ne dépasse pas les 50 euros. Cela étant dit, les sièges sont confortables et il y a la climatisation ! Le chauffeur nous dépose dans une banlieue d'Erevan où nous attrapons un bus qui part en direction du village de Garni, à l'Est de la ville.
À Garni, nous trouvons une chambre d’hôte confortable où la jeune fille parle très
bien Français. Nous passons la soirée à discuter de son pays en nous promenant autour des ruines d'un temple gréco-romain. Elle est fille au pair en France, et sa grande surprise an arrivant a été de voir le mari faire le lit et la cuisine, chose impensable ici ! Les hommes ne font aucune tâche ménagère. De plus, le mariage doit être validé par les parents et par l’église, la vie en concubinage et la contraception sont interdites. Nous sommes dans un pays aux lois religieuses, ne l’oublions pas.
Sa grand-mère nous prépare une bonne soupe de légumes, des aubergines grillées et nous dégustons les délicieux abricots du jardin. L’abricot est LA spécialité arménienne. On le trouve en abondance, frais, séché, en confiture, en jus, en compote.... Le lendemain, nous parcourons les environs sous une chaleur insupportable.
Kachkar et bougies - Geghard
La rivière qui coule au pied des immenses gorges aux parois décorées d'orgues basaltiques s'essouffle elle aussi. Nous rejoignons le surprenant monastère de Geghard, construit dans la montagne, autour de grottes jadis habitées par les moines. Les murs épais de basalte rafraîchissent l’intérieur et nous nous blottissons dans un coin, en regardant les fidèles allumer d'innombrables bougies.
Erevan et Echmiadzine, capitale et Vatican arménien - 27 Juillet 2008
Le soir même, nous louons à Erevan une chambre dans l'appartement d'une artiste peintre situé en plein centre ville. Malheureusement, il n'y a pas d'eau. La construction anarchique qui se développe depuis quelques années oblige
la ville à rationner l'eau entre les différents quartiers. Avec les 48°C ambiants, c'est une catastrophe pour les habitants et on les voit stocker le précieux liquide dans les baignoires, les poubelles et autres récipients improbables. Pour notre part, nous nous résignons à mariner dans notre sueur jusqu'au lendemain et partons dîner dans un restaurant climatisé ! Le lendemain, nous assistons à la grande messe dominicale dans l’immense église d’Echmiadzine, siège du clergé arménien, dont les premières construction remontent à l’an 303, date de la christianisation de l’Arménie. Elle est célébrée par le Catholicos (l’équivalent du Pape pour les Catholiques) et attire de nombreux fidèles venus chanter et prier. L’atmosphère est tout de même moins solennelle que dans les lieux de cultes géorgiens : ici, peu de femme se voilent, les enfants courent devant l’entrée de l’église et les gens vont et viennent sans trop suivre la messe.
Prière en l'église Echmiadzine
Noradouz, le cimetière de pierres dorées - 28 Juillet 2008
Nous quittons la fournaise d’Erevan avec joie pour le lac de Sévan, situé à l’Est du pays. Cet immense lac, situé à 1900 m d’altitude, nous procure un peu de fraîcheur. Nous admirons la vieille église d’Ayrivank nichée sur un rocher qui surplombe les eaux bleues du lac avant de rejoindre en stop la bourgade de Noradouz, célèbre pour son cimetière de Khachtkars. Les Khachtkars sont d’anciennes pierres tombales sur lesquelles ont été gravées des croix, ou des scènes païennes. Les bigotes du village décryptent pour nous les histoires illustrées sur la tombe des amoureux, du roi ou encore celle du turc assassin.
Nous sommes invités par une jeune maman, Rima, à passer la soirée chez elle. Comme nous nous étonnons de l’absence de son mari, elle nous explique qu’il est parti travailler en Russie car les salaires y sont meilleurs qu’ici. Les cousines et les voisines envahissent peu à peu la petite cuisine qui sent fort le mouton pour nous saluer. Les enfants de tous le quartier sont ravis. Nous communiquons en Russe car l’Arménien est difficile à retenir. Il s’écrit d’ailleurs avec un alphabet curieux, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec l’alphabet géorgien. Après une collation de pommes de terre et de fromage rance, difficile à avaler malgré la gentillesse de notre hôte, nous partons profiter du soleil couchant sur la colline qui domine le lac tout proche. Les vues sont magnifiques. L’étendue bleue foncée est entourée de montagnes arides d’un côté et de l’autre, de larges steppes crées par des coulées de laves issues de petites bouches volcaniques. De retour à la maison, Rima nous prépare une bassine d’eau chaude et nous nous lavons à croupetons chacun notre tour dans la cuisine. Après un repas frugal de pommes de terre, les filles mettent un DVD de musique arménienne et nous font une démonstration de danses traditionnelles. Comme Maud adore danser et qu’elle n’est pas la seule dans l’assemblée, la maison se transforme en piste de danse. Valse, techno russe, musique iranienne ou arménienne, tout y passe. Nous allons nous coucher ravis de cette soirée en famille.
Au réveil, nous avalons encore des pommes de terre puis partons en jeep, conduite par le fils de seulement 15 ans, pour une baignade. Arshroun est pêcheur. Il nous montre fièrement sa frêle embarcation de tôle dans laquelle il ramène quelques 50 poissons chaque jour après plusieurs heures de labeur. Il insiste pour nous emmener faire un tour et nous voici naviguant sur le beau lac de Sévan, assis dans les écailles de poissons. Nous quittons la famille dans l’après-midi et rejoignons en auto-stop une petite ville située à la pointe sud du lac. La route principale se termine là, il n’y a plus de transports et peu de voitures privées. Nous sommes obligés de prendre un taxi pour continuer notre route..
Le Sud, entre caserne et camion-stop – 29 au 31 Juillet 2008
Le trajet vers le Sud est grandiose. Les montagnes sont de plus en plus arides et laissent entrevoir des canyons ici et là. Sur le col de Selim, nous nous arrêtons près d’un caravansérail datant de l’époque mongole. Il est en parfait état et domine une immense vallée de terre rouge. Nous sommes à la jonction entre le Caucase et l’Asie Centrale : le paysage annonce les reliefs esc
arpés de l’Iran qu’on rejoindra bientôt. Arrivés à Vaik, petite bourgade sur la route du Sud, nous attendons plusieurs heures afin de trouver un transport pour Goris. En vain. Les bus sont tous bondés et les taxis nous proposent des prix exorbitants. De jeunes militaires oisifs nous proposent de nous héberger pour la nuit. Nous nous retrouvons incognitos dans une caserne, parlant tout bas pour ne pas alerter les chefs qui ne sont pas au courant de notre présence. Surtout qu’ils ne doivent pas recevoir de femmes. Ils nous préparent un repas tout à fait militaire et nous finissons la soirée en discutant tranquillement de leur futur travail. Ils ont deux ans de service obligatoire. Leur emploi du temps est à peine rempli par les exercices matinaux et les nuits de garde. Ils n’ont visiblement pas grand-chose à faire. Nous dormons sur les lits de camps et sommes réveillés comme le reste du régiment de bon matin. Ils nous raccompagnent à la grande route où nous patientons quatre heures jusqu’à ce qu’un conducteur nous propose de nous emmener moyennant finance. Nous acceptons par dépit, tout de même contents de quitter enfin ce bled perdu.
À peine descendus de voiture dans le centre de Goris, nous nous rendons compte avec effroi qu’aucun de nous n’a l’appareil photo. Il est resté dans la voiture taxi ! C’est la panique. Cyril se jette dans une voiture au hasard et promet au conducteur de le rémunérer s’il arrive à rattraper la Lada beige qui est partie il y a déjà 5 minutes. Il parcourt toute la ville, arrêtant toutes les Lada, les voitures les plus communes d’ex-URSS ! En vain, il revient bredouille deux heures plus tard et trouve Maud en larmes, entourée de passants qui tentent de la consoler avec un bol de café. Dé
sespérés, nous rejoignons une chambre d’hôte dans le voisinage. Nous ne connaissons du chauffeur que son village, qui compte tout de même 15 000 âmes et qui est situé à une soixantaine de kilomètres. Nous décidons de tenter notre chance, aidés par le conducteur que Cyril a emmené dans sa course folle.
Mais au moment d’embarquer, nous voyons arriver le chauffeur, l’appareil dans les bras et les yeux pleins de reproche. « Vous avez oublié votre appareil » nous gronde-t-il. C’est le soulagement. Nous l’embrassons de joie et n’oublions pas de le dédommager largement pour les kilomètres qu’il a parcouru pour nous rendre notre si précieux cadeau de mariage ! Le reste de la journée se déroule dans une torpeur d’après traumatisme. Nous n’arrivons pas à dormir pour récupérer de notre courte nuit de caserne et en fin de soirée, nous décidons d’aller visiter le fameux monastère de Tatev, situé à deux heures de route peu carrossable. Un taxi accepte de nous emmener malgré l’heure tardive et nous traversons des paysages impressionnants. Le soleil se couche sur un immense canyon au fond duquel se dresse le vieil édifice. Divin endroit pour une superbe église.
Le lendemain, nous essayons vainement d’attraper un bus en direction de la frontière iranienne. Impossible, ils sont pleins. Finalement, un camionneur iranien nous prend en pitié et
nous installe dans sa cabine, des fruits pleins les poches pour un trajet à 20km/h. Jabbar est iranien de l’ethnie azérie. C’est très utile car les Azéris parlent Turc. En mélangeant nos quelques notions de Farsi, la langue officielle de l’Iran, et de Turc, nous arrivons à nous raconter nos vies. Jabbar prend soin de s’arrêter pour nous servir du thé sur un col magnifique. Nous mettons ainsi 7 h pour parcourir les 250 km qui nous séparent de la frontière.
Camion-stop avec Jabbar